Soutenance de thèse de doctorat en éducation de Madame Stéphanie Breton


Madame Stéphanie Breton, sous la direction de la professeure Guadalupe Puentes-Neuman, Professeure au département de psychologie, Faculté des lettres et sciences humaines, Université de Sherbrooke et la codirection du professeur François Larose, département d’enseignement au préscolaire et au primaire, Faculté d’éducation, Université de Sherbrooke a soutenu avec succès sa thèse de doctorat en éducation le 9 avril 2018.

Titre de la thèse: 

Étude différentielle des pratiques d’éveil à la lecture et à l’écriture des pères et des mères auprès d’enfants commençant la maternelle.

Résumé
Bien avant l’apprentissage formel de la lecture et de l’écriture, l’enfant développe des habiletés, des attitudes et des connaissances et ce développement est nommé éveil à la lecture et à l’écriture (ÉLÉ). Cet éveil au monde de l’écrit se réalise par différentes occasions d’apprentissage et le soutien parental est primordial. Différentes orientations gouvernementales promeuvent l’importance de l’ÉLÉ et le soutien à offrir aux parents pour qu’ils adoptent des pratiques qui sont plus favorables au développement de leur enfant. Or, les pères participent peu à ces services d’aide alors qu’ils jouent un rôle qui leur est propre dans la vie de leur enfant. Ces contributions spécifiques du père mènent à l’hypothèse suivante : si le père a une influence qui se distingue de celle de la mère sur le développement de l’enfant, il doit agir différemment et avoir un style relationnel distinct qui se manifeste dans la vie quotidienne. Nous faisons par contre le constat qu’il y a, jusqu’à maintenant, peu de recherches qui croisent les pratiques d’éveil à la lecture et à l’écriture et le rôle paternel. En ce sens, nous pouvons nous questionner : En quoi les pratiques d’ÉLÉ des pères et des mères se ressemblent-elles ou se distinguent-elles ? Pour nous guider dans notre recherche, nous avons convoqué un cadre conceptuel double. D’une part, nous avons documenté les pratiques liées à l’ÉLÉ et les pratiques liées aux situations de lecture parent-enfant. Ces pratiques s’inscrivent dans une perspective compréhensive qui s’éloigne de l’apprentissage formel en visant la compréhension et la construction de sens autour de la lecture d’une histoire. D’autre part, nous avons documenté la spécificité de la relation père-enfant au regard des concepts de la relation d’activation et de la sensibilité paternelle. La relation d’activation est étudiée principalement en contexte de jeux physiques ou de gestion de risque, alors il devient important d’étudier comment s’actualise la relation père-enfant dans ce type d’activité. Les objectifs de la recherche sont de brosser un portrait des pratiques d’ÉLÉ et en situation de lecture des pères et des mères pour ensuite en faire une analyse comparative.
Nous souhaitons également comprendre comment s’associent les pratiques liées à la lecture et à l’écriture à la sensibilité paternelle et maternelle. La recherche est de type exploratoire et descriptif, se basant principalement sur des données observationnelles. Ainsi, 25 pères et 23 mères accompagnés de leur enfant autour de son entrée à la maternelle ont accepté d’être filmés pendant la lecture de deux livres, l’un étant traditionnel (avec texte et illustration), l’autre étant composé uniquement d’illustrations. Toutes les familles vivent en contexte de vulnérabilité, mais aucun enfant ne présentait un trouble majeur de langage ou de développement. Nous avons également recueilli leurs pratiques d’ÉLÉ par le biais d’un court questionnaire portant sur la fréquence de ces dernières. Des analyses quantitatives univariées ont été réalisées pour décrire les pratiques autorapportées ou observées quant à l’ÉLÉ. Pour les comportements de sensibilité parentale, nous avons procédé à une analyse factorielle d’opérateurs (AFO) qui permet d’appréhender la façon dont se structurent les interactions parents-enfants au fil de deux lectures. À l’instar des recherches existantes, nous avons relevé davantage de similitudes que de différences entre les pratiques paternelles et maternelles autour de l’ÉLÉ. Toutefois, les disparités observées ont une importance au regard de la relation d’activation et de la sensibilité paternelle. Pour les pratiques liées à l’ÉLÉ, les pères et les mères ont rapporté des fréquences similaires quant aux activités proposées dans les questionnaires.
Sur le plan des pratiques observées en situation de lecture, nous notons que tant les pères, les mères que les enfants s’adaptent bien à leur interlocuteur respectif en s’ajustant au niveau de la complexité des initiatives et des réponses. Par contre, les dyades pères-enfants présentent un degré légèrement plus élevé de concordance entre le niveau des initiatives et celui des réponses. Cela dit, les pères tendent à avoir davantage d’interactions qui sont de nature descriptive alors que les mères privilégient les interactions de nature inférentielle. Dans un troisième temps, nous avons observé les comportements qui relèvent de la sensibilité parentale, soit la reconnaissance du besoin de l’enfant et la réponse du parent face à ce besoin, et nous retenons que la façon dont les interactions parents-enfants se structurent est étroitement liée au type de livre lu ainsi qu’au moment de la lecture. De même, les dyades pères-enfants ont une organisation autour de ces situations de lecture qui est différente de celles que l’on observe auprès des dyades mères-enfants. En effet, les interactions pères-enfants lors de la lecture du livre composé uniquement d’images se situent à l’intérieur d’un climat positif qui se manifeste par des affects positifs, mais également par un haut niveau d’attention chez l’enfant, ce qui révèle un engagement actif de sa part dans la lecture. À l’inverse, les interactions mères-enfants lors de la lecture de ce même livre (avec image) se situent davantage dans un climat négatif où l’enfant s’engage peu. Devant l’élément de surprise et de nouveauté qu’était le livre avec image, les pères ont géré de manière plus positive cette exploration que les mères et il s’agit d’un élément qui fait partie de la relation d’activation et du concept d’ouverture sur le monde. Ces résultats nous amènent à faire ressortir, dans la conclusion, trois grandes orientations : la dimension familiale des pratiques d’ÉLÉ, l’importance de diversifier les contextes de ces pratiques et l’ouverture à l’expression de la sensibilité paternelle. Comme le mentionnent certains auteurs, la paternité est souvent abordée sous un couvert de préjugés et de stéréotypes. La relation père-enfant se révèle parfois par des aspects inusités et imprévus. Sur le plan des limites, il est important de noter que le petit échantillon de cette étude, de même que son homogénéité, permettent peu la généralisation des résultats. Il aurait été aussi judicieux d’avoir accès aux représentations de ces pratiques qui sont uniquement observées. Toutefois, nous croyons que les retombées scientifiques sont importantes et particulièrement en ce qui a trait à la méthodologie. Nous pouvons affirmer que les outils de collecte de données doivent être adaptés à la nature propre de la relation d’activation père-enfant et que les contextes et les situations employées pour l’étude des pratiques paternelles doivent refléter les spécificités de cette relation en introduisant un élément de nouveauté ou de risque.
Composition du jury

Présidente : Claudia Gagnon, responsable du programme de doctorat en éducation, Faculté d’éducation, Université de Sherbrooke

Direction:   Guadalupe Puentes-Neuman, Professeure au département de psychologie, Faculté des lettres et sciences humaines, Université de Sherbrooke.
Codirection:  François Larose, Professeur au département d’enseignement au préscolaire et au primaire, Faculté d’éducation, Université de Sherbrooke et  (sans droit de vote) : Julie Myre Bisaillon, Professeure au département d’études en adaptation scolaire et sociale, Faculté d’éducation, Université de Sherbrooke.
Membre interneVincent Grenon, Professeur au département d’enseignement au préscolaire et au primaire, Faculté d’éducation, Université de Sherbrooke
Membre externe:  Jean-Marc Miron, Professeur au département des sciences de l’éducation, Université du Québec à Trois-Rivières
Autre membre: : Jean-Martin Deslauriers, Professeur en service social, Faculté des sciences sociales, Université d’Ottawa