Soutenance de thèse de doctorat en éducation de M. Ézechiel Ciza

Monsieur Ézechiel Ciza sous la direction du Pr Philippe Maubant et la codirection du Pr  Jean-Claude Kalubi de l’Université de Sherbrooke a soutenu mardi 5 mars 2019 à partir de 9h sa thèse de doctorat en éducation au local  L1-2633, Campus de Longueuil.

Titre de la thèse

Les devoirs scolaires dans les établissements secondaires au Québec :  un analyseur-révélateur des conceptions des pratiques enseignantes.

Résumé

La complexité de l’activité d’apprentissage conserve une large part d’imprévisibilité, d’incommensurabilité jamais saisie dans sa totalité (Vinatier, 2013). Devant la multiplicité des situations d’apprentissage et de la tâche de formation évaluation qu’implique et qui incombe à l’enseignant, en quoi les contenus et les processus mis en oeuvre permettent-ils aux élèves d’apprendre, de se former, de s’approprier le savoir en contexte de devoirs scolaires? Quelle est la proximité ou la distance entre la matière enseignée et la forme de gestion des apprentissages, la relation entre acteurs : l’enseignant, l’élève, les parents, l’école? La personnalité de chacun est en jeu. L’enseignant doit s’adresser à des personnalités, il doit convaincre, se faire accepter et légitimer son action (Kalubi, 2008; Python, Dumons, Bentiri, Cazorla et Terrisse, 2008). Selon Altet et coll. (2012a), le processus d’enseignement-apprentissage s’intéresse particulièrement à : 1) Une intention de mise en mouvement des sujets par la proposition de dispositifs particuliers; 2) Un processus de développement de processus d’action dans ces dispositifs, assorti souvent d’une demande émanant des sujets, de reconnaissance par l’organisation; 3) Un processus de transaction en vue d’attribution d’une reconnaissance à l’individu à partir des processus d’action développés. L’enseignant met en place des dispositifs qui se traduisent par l’acquisition du savoir. Cette organisation comportera un accompagnement au sein de la classe, de l’école, mais aussi hors la classe par l’aide aux devoirs par les parents ou les organismes consultés par les parents. Ces dispositifs permettraient-ils d’acquérir une maîtrise suffisante du savoir et favoriser la collaboration École-famille-communauté? Cet accompagnement vise à répondre aux questions immédiates dans la temporalité des préoccupations de l’élève et nécessite une programmation du travail entre l’enseignant et l’élève, avec des temps d’échanges favorisant de faire le point sur les difficultés rencontrées, les solutions d’aide qu’il est nécessaire de prévoir, les objectifs à mettre en oeuvre. Faut-il attendre que l’élève soit en difficulté dans sa classe pour prendre de telle disposition? L’accompagnement doit permettre à l’élève de se situer par rapport à son degré d’acquisition du savoir, de faire évoluer son dispositif de représentation mentale, de connaître ses moteurs, ses freins, ses limites pour se remettre en route et tracer son chemin. Il s’agit donc d’un processus organisationnel, un agir où se mettent en dialectique actions rationnelles et activité du sujet ; d’un processus de référence aux rapports qu’entretient l’enseignant à l’élève, aux autres coéducateurs pour un repérage dynamique, évolutif dans l’action et du processus de problématisation pour que l’accompagné (l’élève) problématise à son tour le sens de sa pratique. Pour répondre à ces questions, nous abordons tout d’abord la problématique générale qui fait appel aux écrits philosophiques, pédagogiques et sociologiques et de ma propre expérience comme enseignant, puis du cadre conceptuel et théorique d’intervention des différents acteurs impliqués soient la pédagogie, les pratiques pédagogiques, les pratiques enseignantes, les pratiques collaboratives, la communauté éducative, les devoirs scolaires, les actes pédagogiques qui, pour Houssaye (1988, 2000), évoquent trois processus constitutifs du triangle pédagogique : enseigner, apprendre et former. Cette recherche retient la figure du triangle pédagogique pour analyser les pédagogies mises en oeuvre par l’enseignant en contexte d’enseignement-apprentissage donc des devoirs scolaires. Nous proposons par la suite le cadre méthodologique du questionnaire utilisé pour la collecte des données, soit l’analyse qualitative. Enfin, nous analysons les résultats de nos entrevues que nous discutons. Dans le domaine éducatif, il est, bien sûr, toujours souhaitable qu’il existe des relations plus adaptées et personnalisées, entre enseignants et élèves, enseignants et parents, enseignants et autres coéducateurs (Deslandes et Bertrand, 2005 ; Deslandes, Rousseau, Rousseau, Descôteaux et Hardy, 2008 ; Maubant et Roger, 2010), mais plus les appareils sociaux s’avèrent lourds et bureaucratiques, plus celles-ci s’amenuisent et se rétrécissent au profit de rapports, voulus plus neutres, plus objectifs et plus distants. Il en résulte que les mesures d’accompagnement en contexte de devoirs scolaires requérant à l’évidence une approche particulière sinon singulière, comme une “ pédagogie spéciale ˮ, ne constituent pas la norme du plus grand nombre. Cette recherche vise à identifier et comprendre les conceptions des pratiques enseignantes chez des enseignants du secondaire au Québec à partir de la mise au jour de leur vision des devoirs scolaires. Elle convoque la pédagogie, du point de vue de la théorie, c’est la notion de système introduite par le triangle pédagogique de Houssaye (1988, 2000) dans la réflexion sur les relations binaires et ternaires qu’elle comprend. Un autre pôle, celui des parents, tient lieu d’angle d’entrée dans cet ensemble dans l’analyse des situations d’apprentissage ou dans la conception des pratiques enseignantes. Le triangle pédagogique de Houssaye (1988, 2000) sert d’analyseur et de révélateur des pratiques enseignantes. Les trois côtés du triangle mettent en relation entre deux des trois pôles que sont le Savoir, l’Enseignant et l’Élève donc des processus enseigner, former et apprendre. Tout en adoptant une méthodologie subjectiviste qui se situe dans un paradigme interprétatif, cette recherche s’inscrit dans une recherche de type qualitatif. Il ressort de cela que la majorité des enseignants (8/10) adoptent le processus enseigner du côté apprendre : une pédagogie reposant sur la magistralité et l’exercisation, suivi de ceux qui s’inscrivent dans une pédagogie de la formation apprentissage reposant sur les interactions enseignant-élève (6/10). D’autres adoptent une pédagogie de la gestion-négociation (5/10) alors que 4 sur 10 appliquent une pédagogie structurée par le triangle situations-activité-apprentissage. 3 sur 10 adoptent une pédagogie active, non directive, favorisant l’acquisition des moyens d’apprendre et enfin, 2 sur 10 appliquent une pédagogie de gestion-négociation centrée sur la collaboration. Le référentiel de compétences à développer en formation initiale (Québec, 2005, 2006) prône le passage du paradigme de l’enseignement au paradigme de l’apprentissage. Cette recherche contribue à ce nouveau paradigme qui impacte les nouvelles conceptions de la pédagogie et en adéquation avec ce paradigme de l’enseignement-apprentissage.

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Composition du jury
  • Pr Philippe Maubant, directeur de recherche, département d’enseignement au préscolaire et primaire, Faculté d’éducation, Université de Sherbrooke
  • Pr Jean-Claude Kalubi, codirecteur de recherche, département D’études en adaptation scolaire et sociale, Faculté d’éducation, Université de Sherbrooke
  • Pr France Jutras, évaluatrice interne, département d’enseignement au préscolaire et primaire, Faculté d’éducation, Université de Sherbrooke
  • Pr Jean Houssaye, évaluateur externe, Sciences de l’Education (70° section), Université de Rouen (France)
  • Pr Serge J. Larivée, évaluateur externe, Faculté des sciences de l’éducation, Université de Montréal

Président : Pr Abdelkrim Hasni, vice-doyen aux études supérieures en recherche, Faculté d’éducation, Université de Sherbrooke